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Cours et vidéo-projecteur

In Communication, Techniques d'enseignement on mai 3, 2010 at 7:49

La démocratisation du vidéo-projecteur ces dernières années est venue modifier les possibilités offertes aux enseignants. Depuis quelques années maintenant, j’ai introduit cette technique dans certains cours de DU ou certaines conférences. J’ai tenté, cette année de franchir une étape supplémentaire et d’utiliser le vidéo-projecteur dans certains cours magistraux. L’expérience n’a pas été aussi concluante que je le souhaitais.

Petite tentative d’analyse.

Deux difficultés sont apparues lors de l’utilisation de cette technique. La première tient au fait que les étudiants souhaitent noter la totalité du texte qui figure sur la diapositive. Ils sont longs et surtout, nombre d’entre eux ne font pas l’effort de synthèse pourtant nécessaire à la bonne « digestion » d’un cours. La seconde difficulté aura été plus personnelle. Mes diapositives reprenant l’intégralité des points à traiter, j’ai trop suivi le fil de ces dernières faisant perdre, du coup, de sa spontanéité à l’intervention. J’ajoute que si nous maîtrisons bien le timing pour un exposé oral traditionnel, il n’en va pas nécessairement de même pour une intervention s’accompagnant de diapositives.

Quelle(s) conclusion(s) en tirer ?

J’ai dans un premier temps – celui de la déception – estimé que la technique du vidéo-projecteur en cours magistraux n’était pas la bonne. Très longues à mettre en forme, les diapositives n’apportaient pas autant aux étudiants que ce que j’escomptais.

J’ai dans un second temps – celui de la raison ? – révisé ce premier jugement. L’erreur, me semble-t-il, est d’avoir considéré que le vidéo-projecteur était une alternative au cours traditionnel. Il ne doit en réalité en constituer qu’un complément. Il faut dès lors repenser la conception des diapositives en ne faisant apparaître sur celle-ci que des éléments de plan, des schémas simplifiés, des illustrations visuelles et éventuellement des textes législatifs ou des attendus de décisions (avec parcimonie pour ces deux derniers éléments). J’utilisais jusqu’alors une soixantaine de diapositives pour une heure de cours. 20 semble un chiffre plus raisonnable.

Il faut également prendre garde au positionnement par rapport à l’auditoire : la station fixe derrière l’écran de l’ordinateur portable pour faire défiler les diapositives n’est pas des plus efficaces. L’outil essentiel reste la télécommande qui permet la mobilité de l’orateur (J’utilise celle-ci qui se branche directement sur le PC). L’idéal, enfin, est de ne pas avoir à se retourner pour visualiser la diapositive ce qui implique soit d’avoir l’écran du PC devant les yeux – et ainsi, l’orateur fait face en permanence aux auditeurs – soit de connaître parfaitement ses diapositives et l’ordre dans lequel elles défilent.

Stéphane Darmaisin

Je vais donc, à la prochaine rentrée, poursuivre l’expérience en modifiant les paramètres évoqués. D’ici là, étudiants et enseignants, n’hésitez pas à faire remonter vos expériences.

Didacticiel Powerpoint pour les novices

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« Plus on en fait ! plus on en fait ! moins on en fait ! moins on en fait ! »

In Vacataires on mai 3, 2010 at 5:16

Je voudrais raconter aussi une expérience personnelle. Il y a quelques années, j’ai exercé les fonctions de président de commission de spécialistes en Droit public puis Doyen de la Faculté de Droit de Rennes. Etant moi-même issu des vacataires car j’ai travaillé pour financer ma thèse (sauf un an d’ATER), j’étais très conscientisé par le problème de la précarité. J’ai donc décidé, quand j’étais Doyen de mensualiser le paiement des vacations. Ceci afin d’éviter que les services faits en septembre-décembre ne soient payés en avril et que le reste ne soit payé qu’en juillet. Cela a obligé les services à faire des efforts. On n’a pas supprimé le décalage mais pour les TD de septembre, on les payait en octobre et ainsi de suite. De ce côté, j’avais réussi mais il est probable que mes successeurs n’ont pas dû conserver cette contrainte. Il faudrait donc une mesure nationale pour régler cette question. Autre exemple qui montre l’effet pervers de la volonté de bien faire. Afin d’éviter de précariser les chargés de TD, et sachant que les allocations étaient limitées, j’ai développé une politique d’utilisation très large des emplois vacants afin de financer des demis postes d’ATER. On avait ainsi deux catégories d’ATER : les vrais, qui avaient bénéficié de trois ans d’Allocation et qui prolongeaient avec deux ans de plus et des gens que j’appellerai des « faux » ATER. C’étaient des gens qui n’avaient jamais rien eu, et je m’arrangeais à ce que ces personnes puissent avoir deux années de thèse financée par des contrats d’ATER. Cela représentait un nombre très important, les bonnes années douze à quatorze ATER. J’étais loin de m’imaginer l’effet pervers que cela a occasionné ! Les faux ATER ont commencé à me dire qu’ils ne surveilleraient plus les examens après leur date de fin de contrat (31 août), ils ont commencé à refuser d’accomplir des tâches de laboratoires ou administratives en disant que leur contrat se bornant à leur donner des enseignements à assurer du tant au tant, ils ne feraient plus les tâches qu’ils considéraient comme indues. Quand j’ai vu le décalage entre l’énergie que j’avais déployée à mettre en place ce système (avec une gymnastique budgétaire qui ressemblait à des chaises musicales ou du gym cana !) et la hargne revendicatrice de ces personnes, j’ai commencé à comprendre pourquoi la précarisation avait du bon ! Cependant, j’ai mis en place pour mes successeurs à Rennes un système d’allocations de recherche spécifique qui s’ajoutait aux allocations du ministère. C’était des financements qui permettaient d’ajouter chaque année 4 ou 5 bourses pour des thésards qui n’avaient pas eu d’allocations de recherche. Le conseil de l’école doctorale répartissait ces bourses au mérite. Ce système, je l’ai créé mais je n’en ai pas vu la couleur car cela a été mis en place après mon départ de Rennes en 2000. Voilà cher Stéphane ce que je voulais partager avec vous. On peut faire des choses formidables mais il faut prendre garde aux effets pervers. Ici, à Montpellier, le président Philippe Augé va créer des emplois de contractuels autofinancés afin de compléter les allocations de recherche et les contrats d’ATER s’ils sont insuffisants. C’est une bonne chose de jouer la carte de l’autonomie. Désolé de toujours tout ramener à ma propre expérience individuelle mais j’ai été vacataire pendant 4 ans à Paris 1, puis un an d’ATER à Pau, puis MCF à Bordeaux et Agrégé à Rennes puis mutation au soleil de Montpellier. Je ne suis pas un exemple ni un modèle à suivre, mais je crois que les années de vacations apprennent à acquérir un esprit de service public qui ne m’a jamais quitté. Je faisais les biblio de certaines recherches, je faisais des permanences de bibliothèque et des tâches utiles comme des journées d’études, des encadrements de stages. C’était une vie passionnante parce que j’étais jeune mais surtout parce que j’avais la rage de me dire que j’aimais mon métier et que je voulais m’en sortir dans la vie en l’exerçant a fond ! Et quand je faisais ce travail, j’étais veilleur de nuit au CROUS d’abord puis dans des hôtels. Mes journées étaient bien remplies, et je les enchaînais souvent avec des nuits. Et c’est là que j’ai inventé une maxime que je répète souvent aux étudiants : « plus on en fait ! plus on en fait ! moins on en fait ! moins on en fait ! » Il faut savoir s’enthousiasmer pour son boulot et se motiver ! la hargne de s’en sortir vient de nos tripes. Notre succès ne viendra pas des autres mais de notre capacité personnelle à surmonter nos difficultés. Et hop ! Bon courage à tous les vacataires ! Amitiés d’un ancien du club de ceux à qui on n’a jamais déroulé le tapis rouge ! c’est pour cela que j’ai une complicité avec tous les étudiants qui travaillent !

Les soutiers des facs de droit

In Vacataires on avril 8, 2010 at 7:28

Le premier billet de ce blog, puisqu’il faut bien ouvrir le bal, sera dédié aux « soutiers des facs de droit ». Qui sont-ils, quelle(s) réalité(s) se dissimule(nt)derrière cette appellation ? Il s’agit essentiellement de doctorants, post-doctorants et autres vacataires. Leurs points communs sont l’attrait pour l’enseignement et la recherche d’une part, la précarité d’autre part.

Ces personnes constituent un rouage essentiel dans le fonctionnement des universités. Ils assurent bien évidemment des cours mais sont également très largement sollicités pour une kyrielle de tâches annexes. Très présents physiquement au sein des laboratoires et centres de recherches, il n’est pas rare qu’ils assurent secrétariat, gestion de bibliothèques et autres charges administratives liées au fonctionnement de telle ou telle filière. Ils sont très régulièrement amenés à participer à la correction des copies qui, ces dernières années, se sont multipliées comme des petits pains entre de Divines mains.

Une telle activité n’est pas anormale en soi et fait sans doute partie de l’apprentissage du métier d’enseignant chercheur. Deux remarques cependant.

  • La première tient à la précarité de leur situation. Tous les « soutiers » en sont sans doute bien conscients et c’est sans doute la raison pour laquelle ils sont prêts à tout accepter pour rester dans les petits papiers des plus gradés qu’eux. Bien malin pourtant – ou doté de très longs bras  – l’universitaire qui peut garantir une titularisation aux vacataires gravitant dans son orbite. Il n’est donc pas rare qu’après quatre ou cinq ans de bons et loyaux services, ces personnes soient « remerciées ». L’université les oubliera vite mais elles en conserveront souvent une compréhensible et sévère rancœur.
  • La seconde concerne la rétribution. Si l’on met de côté les allocataires, ATER ou autres statuts équivalents, le taux de ces vacataires pour une heure de cours est de 40 euros. En pratique, il n’est pas rare que les services financiers mettent en paiement les intéressés deux ou trois fois par an le tout avec un décalage significatif dans le temps. Les vacataires – qui ont en général entre 25 et 30 ans – doivent donc déployer des trésors d’imagination budgétaire pour faire face à ces pratiques. Il faut ensuite relever que contrairement à l’adage qui voudrait que tout travail mérite salaire, les « soutiers » accomplissent de nombreuses tâches pour lesquelles ils ne reçoivent aucune rétribution. Leur mission commence généralement par un mail ou un coup de fil du type : « Au fait, le 27 j’ai besoin d’un coup de main, tu es libre ? ». Le « non » est un mot dont le « soutier » ne se sert qu’avec une prudente parcimonie…

Je n’ai pas – nous n’avons pas – la clef pour améliorer la situation. Je voulais juste, à travers ces quelques remarques, témoigner de ma – de notre – profonde estime à l’égard de ces personnes que je sollicite plus souvent qu’à mon tour.

S. Darmaisin – MCF Nîmes