mcf01

« Plus on en fait ! plus on en fait ! moins on en fait ! moins on en fait ! »

In Vacataires on mai 3, 2010 at 5:16

Je voudrais raconter aussi une expérience personnelle. Il y a quelques années, j’ai exercé les fonctions de président de commission de spécialistes en Droit public puis Doyen de la Faculté de Droit de Rennes. Etant moi-même issu des vacataires car j’ai travaillé pour financer ma thèse (sauf un an d’ATER), j’étais très conscientisé par le problème de la précarité. J’ai donc décidé, quand j’étais Doyen de mensualiser le paiement des vacations. Ceci afin d’éviter que les services faits en septembre-décembre ne soient payés en avril et que le reste ne soit payé qu’en juillet. Cela a obligé les services à faire des efforts. On n’a pas supprimé le décalage mais pour les TD de septembre, on les payait en octobre et ainsi de suite. De ce côté, j’avais réussi mais il est probable que mes successeurs n’ont pas dû conserver cette contrainte. Il faudrait donc une mesure nationale pour régler cette question. Autre exemple qui montre l’effet pervers de la volonté de bien faire. Afin d’éviter de précariser les chargés de TD, et sachant que les allocations étaient limitées, j’ai développé une politique d’utilisation très large des emplois vacants afin de financer des demis postes d’ATER. On avait ainsi deux catégories d’ATER : les vrais, qui avaient bénéficié de trois ans d’Allocation et qui prolongeaient avec deux ans de plus et des gens que j’appellerai des « faux » ATER. C’étaient des gens qui n’avaient jamais rien eu, et je m’arrangeais à ce que ces personnes puissent avoir deux années de thèse financée par des contrats d’ATER. Cela représentait un nombre très important, les bonnes années douze à quatorze ATER. J’étais loin de m’imaginer l’effet pervers que cela a occasionné ! Les faux ATER ont commencé à me dire qu’ils ne surveilleraient plus les examens après leur date de fin de contrat (31 août), ils ont commencé à refuser d’accomplir des tâches de laboratoires ou administratives en disant que leur contrat se bornant à leur donner des enseignements à assurer du tant au tant, ils ne feraient plus les tâches qu’ils considéraient comme indues. Quand j’ai vu le décalage entre l’énergie que j’avais déployée à mettre en place ce système (avec une gymnastique budgétaire qui ressemblait à des chaises musicales ou du gym cana !) et la hargne revendicatrice de ces personnes, j’ai commencé à comprendre pourquoi la précarisation avait du bon ! Cependant, j’ai mis en place pour mes successeurs à Rennes un système d’allocations de recherche spécifique qui s’ajoutait aux allocations du ministère. C’était des financements qui permettaient d’ajouter chaque année 4 ou 5 bourses pour des thésards qui n’avaient pas eu d’allocations de recherche. Le conseil de l’école doctorale répartissait ces bourses au mérite. Ce système, je l’ai créé mais je n’en ai pas vu la couleur car cela a été mis en place après mon départ de Rennes en 2000. Voilà cher Stéphane ce que je voulais partager avec vous. On peut faire des choses formidables mais il faut prendre garde aux effets pervers. Ici, à Montpellier, le président Philippe Augé va créer des emplois de contractuels autofinancés afin de compléter les allocations de recherche et les contrats d’ATER s’ils sont insuffisants. C’est une bonne chose de jouer la carte de l’autonomie. Désolé de toujours tout ramener à ma propre expérience individuelle mais j’ai été vacataire pendant 4 ans à Paris 1, puis un an d’ATER à Pau, puis MCF à Bordeaux et Agrégé à Rennes puis mutation au soleil de Montpellier. Je ne suis pas un exemple ni un modèle à suivre, mais je crois que les années de vacations apprennent à acquérir un esprit de service public qui ne m’a jamais quitté. Je faisais les biblio de certaines recherches, je faisais des permanences de bibliothèque et des tâches utiles comme des journées d’études, des encadrements de stages. C’était une vie passionnante parce que j’étais jeune mais surtout parce que j’avais la rage de me dire que j’aimais mon métier et que je voulais m’en sortir dans la vie en l’exerçant a fond ! Et quand je faisais ce travail, j’étais veilleur de nuit au CROUS d’abord puis dans des hôtels. Mes journées étaient bien remplies, et je les enchaînais souvent avec des nuits. Et c’est là que j’ai inventé une maxime que je répète souvent aux étudiants : « plus on en fait ! plus on en fait ! moins on en fait ! moins on en fait ! » Il faut savoir s’enthousiasmer pour son boulot et se motiver ! la hargne de s’en sortir vient de nos tripes. Notre succès ne viendra pas des autres mais de notre capacité personnelle à surmonter nos difficultés. Et hop ! Bon courage à tous les vacataires ! Amitiés d’un ancien du club de ceux à qui on n’a jamais déroulé le tapis rouge ! c’est pour cela que j’ai une complicité avec tous les étudiants qui travaillent !

Publicités
  1. Bonjour. Merci beaucoup pour le report de cette expérience vraiment très encourageante pour les vacataires actuels.

    Cela étant, lorsque l’initiative vient du bas – je parle notamment de la mensualisation -, tout fonctionne différemment : beaucoup de promesses, mais bien peu d’actes, à l’heure où, pourtant, d’un point de vue budgétaire, tout est plus facile.

    De plus, il est très agréable de vivre un moment de vacations durant lequel, il est vrai, on apprend beaucoup, beaucoup plus d’ailleurs que lors de la préparation du très artificiel concours d’agrégation. Le problème, c’est qu’un tel moment se doit de prendre fin parce que, quoi qu’on apprenne, c’est une vie usante. Mes trois boulots cumulés cette année, en plus des 300 heures de cours données dans plusieurs disciplines sans recourir à la copie des cours des autres, ne m’ont hélas pas conduit à la fin de la précarité.

    Et, même si j’ai beaucoup appris ces dernières années, je commence à vraiment être fatigué de la précarité, d’autant plus que, contrairement à ce qui semble être votre cas, la capacité de travail, l’implication et l’esprit d’initiative que postulent de telles activités ne m’ont pas conduit à obtenir un poste de MCF.

    Je reformule : ce parcours et ce qu’il m’a apporté m’ont permis d’être presque à chaque fois deuxième, mais jamais premier. Cela ne serait pas un problème si la plupart des premiers en question, eux, avaient précisément fait la preuve de telles qualités…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :